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1er mai 2010 à Lausanne

Communiqué Action Autonome
Convergence romande pour un premier mai révolutionnaire :
Manif’ à Lausanne, départ 15h, Parc de Milan

Dans une société de consommation qui nous renvoie l’illusion de possibilités infinies, notre parcours de vie est déjà tout tracé. Depuis tout petits, on nous demande attendris « ce qu’on veut faire plus tard », enfant, on nous fait ingurgiter des connaissances qui serviront à nous rendre exploitables, ensuite, que notre formation soit universitaire ou professionnelle, elle est toujours modelée en fonction des exigences du marché. Il n’existe aucune alternative de vie, aucune liberté de choix : nous devrons nous vendre pour subsister.

La vision dominante prête au travail une force émancipatrice. Le mythe de l’« indépendance économique » conforte l’individu dans cette illusion que le travail rendrait libre. Libre de quoi ? Le travail n’est rien d’autre qu’une dépendance au système qui nous mine et nous enchaîne. Les « salons des métiers » aux couleurs criardes, où chacun semble devoir trouver « sa voie », sont le symbole de cette sanctification de l’exploitation. Car aujourd’hui plus que jamais dans l’histoire de l’être humain, l’unique activité envisageable pour la quasi totalité de la population est celle qui enrichit quelqu’un d’autre : le salariat. Bien que la figure caricaturale de l’ouvrier physiquement tué à la tâche tende à s’estomper dans nos sociétés, le prolétariat est loin d’avoir disparu.

Marx, en son temps, définissait les prolétaires comme étant ceux qui, ne possédant pas les moyens de production, vendent leur force de travail à un patron en échange d’un salaire. Cette situation, qui s’étend aujourd’hui à une partie toujours plus grande de la population, si elle n’a pas changé en substance, a changé de nom : on appelle cela prudemment le salariat. Chaque jour, des milliards de personnes, en Suisse comme ailleurs, se lèvent le matin afin de travailler à produire du profit et engraisser les actionnaires. Ainsi participons-nous jour après jour à l’entretien et à la reproduction de ce système qui est notre propre esclavage.

De plus, les changements opérés ces dernières décennies dans le monde du travail sont loin d’améliorer la vie quotidienne des prolétaires : flexibilité, précarité et chômage chronique sont des phénomènes que nous subissons toujours plus intensément. Depuis quelques années, même les maigres garanties de l’état destinées à atténuer la lutte des classes s’effritent, sous les regards inquiets de syndicats impuissants. On exige de nous qu’on soit flexibles, renvoyables facilement, de plus, lorsque l’on échoue, nos échecs nous sont renvoyés comme le fruit mérité de nos déficiences et non comme la conséquence logique d’un système économique pourri. Les apprentis, que les patrons n’embauchent certainement pas par bonté d’âme, constituent pour les entreprises une main d’oeuvre presque gratuite, facilement exploitable de par son manque d’expérience. Le chômage structurel, partie intégrante de la stratégie capitaliste, permet d’imposer des conditions de travail déplorables aux « chanceux » qui trouvent un emploi. Les politiciens pointent du doigt les immigrés comme étant les responsables du chômage et de la dégradation des conditions de travail. Ainsi, ils se déresponsabilisent et créent une division artificielle au sein des salariés, pour mieux dissimuler l’unique frontière réellement existante : celle entre exploités et exploiteurs.

Il est vital de saboter les mécanismes de cette vaste machine bien huilée qui nous broie pour pouvoir nous émanciper.

Le premier mai ne doit pas être l’apanage des syndicats. C’est la nature-même de l’exploitation, et non seulement ses conditions, qu’il faut critiquer, c’est la nature-même du capitalisme qu’il faut combattre. Loin des intérêts des travailleurs et complètement déconnectés de la réalité sociale, les syndicats s’érigent en partenaires sociaux de l’état, en cherchant à tout prix la conciliation entre classes et la paix sociale : leur soi-disant réformisme a comme unique but la consolidation du système qui nous écrase.

Lors de notre manifestation du 1er mai 2009, la sphère dirigeante des syndicats et le chef de la police de Lausanne issu de l’ « extrême-gauche » parlementaire avaient agi main dans la main pour réprimer notre cortège -pourtant peu offensif- à grands renforts de matraquages et d’arrestations. Cet acte témoigne de manière concrète de la collaboration des institutions dites « sociales » ou « de gauche » avec l’état bourgeois, de leur volonté de défendre l’ordre établi, et donc de mettre en déroute tout mouvement qui refuse de s’institutionnaliser ou se montre hostile à la collaboration de classe. Ainsi ont-ils choisi leur camp.

Nous ne voulons pas nous contenter de vivre de miettes dans un monde qui ne nous correspond pas. Voilà pourquoi les autonomes gagnent du terrain. Non parce que nous serions des provocateurs ou des exclus, mais parce que nous sommes plus vrais et plus enracinés historiquement que toute la gangrène réformiste. Nous sommes le vent qui chasse la grisaille du système totalitaire marchand : plus que jamais le monde est une barricade, d’un coté les exploités, de l’autre les exploiteurs, D’un coté ceux qui sont pour le perfectionnement de l’organisation de l’exploitation et de l’autre ceux qui luttent pour sa destruction. D’un coté, ceux qui ont fait du premier mai un jour de fête pour réclamer « du salaire », « de d’emploi » et « des rentes » et de l’autre ceux qui veulent faire sa fête au travail. Ainsi avons-nous choisi notre camp ! Et les barricades n’ont que deux cotés : les syndicats et les réformistes ne sont plus du notre.

C’est sous cette conviction que nous reconnaissons la nécessité pour ceux qui pensent comme nous de nous éloigner des traditions syndicales poussiéreuses et de défiler sous nos propres couleurs,

Nous vous invitons à faire sa fête au travail, en musique, à Lausanne, lors de la street parade du premier mai révolutionnaire.

Action Autonome


8 avril 2010

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